Rencontre avec Samuel Durand, fondateur de Going Freelance, une exploration du travail de demain

#Coworking #FutureOfWork #Interview #Remote

l'équipe de going freelance à San Francisco
TK et Samuel sont partis explorer le futur du travail à travers le monde pendant 6 mois

Étudiant, entrepreneur et freelance, Samuel explore depuis 4 mois le “future of work” dans le cadre de son projet Going Freelance. Cette aventure, lancée en duo avec TK, une autre étudiante entrepreneure, l’amène à parcourir le monde à la rencontre des acteurs du changement (freelances, entreprises, espaces de travail). Nous avons trouvé un moment entre 2 étapes pour évoquer avec Samuel son parcours et sa vision du freelancing.

Bonjour Samuel, peux-tu te présenter?

Samuel Durand, j’ai 22 ans et je suis étudiant à Grenoble École de management. J’ai fondé ESKIV, une marque de vêtements, il y a 3 ans. Entreprendre m’a appris énormément de choses, ce qui m’a amené à être aussi freelance à côté de mes études. J’accompagne des entreprises dans leurs stratégies de lancement : définition de stratégie digitale, commerciale, études de marché.

Comment as-tu commencé le freelancing?

J’ai été sensibilisé par une plateforme qui communiquait auprès des étudiants. J’ai réalisé que je pouvais gagner de l’argent avec les compétences que j’avais. Être freelance en parallèle de mes études m’a aidé à rapidement monter en compétences et m’a motivé à apprendre de nouvelles choses.

Comment est né le projet Going Freelance?

Dans le cadre de notre cursus nous devions faire une année de césure pour laquelle tout le monde s’oriente vers des stages en marketing ou finance dans de grands groupes. Ce genre de stages ne m’intéressait pas. Je voulais entreprendre et explorer de nouvelles choses. En devenant freelance, j’ai pris conscience de l’essor que prenait ce mode de travail en France et dans le monde. Pourtant quand j’en parlais autour de moi, le freelancing paraissait assez à flou pour une majorité de personnes. Dès lors, j’ai voulu explorer ce qu’il y avait véritablement derrière l’expression « Future of work ».

Samuel lors de l’étape de Chicago

Comment avez-vous financé ce tour du monde?

J’ai consacré 6 mois à la recherche de sponsors et j’ai eu la chance de trouver des partenaires engagés. Nous sommes accompagnés par ITG, leader du portage salarial en France, Harmonie Mutuelle qui travaille avec près de 60,000 entreprises, BPI France le Lab, le think tank de la BPI, Yoss, une plateforme de freelances et notre école, Grenoble École de Management.

On a une super relation avec eux. Au-delà de l’aspect financier ils nous ont donné d’excellents conseils. Ils sont vraiment impliqués dans les nouvelles façons de travailler.

Où en êtes-vous de votre tour du monde?

On est actuellement à Londres. En 4 mois on est déjà passé par les États-Unis, le Canada, la France, l’Allemagne, et l’Espagne. Il nous reste encore 2 mois de voyage : après le Royaume-Uni on ira à Bruxelles, à Amsterdam puis en Asie avec Singapour et le Vietnam.

Jusqu’à présent qu’est-ce qui t’as le plus marqué pendant ce tour du monde?

On a déjà fait 75 rencontres et je sors de chaque rendez-vous en me disant que c’était le meilleur. Concernant les espaces de coworking, ce qui m’a marqué c’est le rôle du community builder (l’animateur de l’espace). Ce n’est pas parce qu’on met des gens à côté dans un espace magnifique qu’ils vont se parler. Certains animateurs connaissent personnellement tout le monde et peuvent facilement créer des connexions entre les gens. Ils créent un climat où ils encouragent les prises d’initiative communautaires. C’est ça qui crée du lien et peut faire rencontrer à un freelance son futur client ou collaborateur.

L’espace de coworking Bespoke à San Francisco et son mur d’escalade

On a aussi vu des choses surprenantes comme cet espace de coworking avec un mur d’escalade à San Francisco. C’est cool de pouvoir grimper entre 2 sessions de travail !

On a aussi été marqués par des entreprises comme Gitlab, Automattic ou Toptal qui travaillent uniquement avec des salariés et freelances en remote [À distance, NDLR]. Certaines boîtes ont jusqu’à 850 personnes en remote dans 30 pays différents. Il faut savoir manager les cultures et les fuseaux horaires différents. J’ai été impressionné par leur capacité à créer une culture d’entreprise dans ce contexte. C’est un management dans lequel la confiance occupe une place essentielle.

D’après toi qu’est ce qu’un freelance qui réussit?

Pour moi ce sont les freelances qui ont pris conscience de leur potentiel sur le marché, ils font partie de la « talent economy » (à lire: le post de Samuel sur Maddyness : Comment distinguer la gig economy de la talent economy?). Ils ont tendance à penser à plus long terme, prennent du recul pour se former. Ces freelances sont capables de refuser un client car le projet ne leur correspond pas. Ils ont pris conscience qu’être indépendant c’est être chef d’entreprise. Ils savent qu’il faut être prêt à faire plein d’autres choses que son métier. C’est d’ailleurs ce que vous avez senti en développant Inyo [Oui! on en parle ici 😉 NDLR]

On parle beaucoup de cette vague actuelle du freelancing mais ce n’est pas un statut qui convient à tout le monde. Il y’a des personnes qui vivront bien mieux en étant salariées. Je suis convaincu que ça peut être un statut salvateur pour plein de personnes qui ne sont pas heureuses dans leur job et qui redécouvriront leur métier en l’exerçant en tant que freelance.

A San Francisco les entreprises sont en avance en matière de management des freelances

Quel est le principal conseil que tu donnerais à ceux qui veulent se lancer?

Penser à long terme au sens large. C’est-à-dire se former, trouver des mentors, échanger avec d’autres personnes et démarcher tous les jours. Il y a plein de moyens pour trouver des missions : les plateformes, le réseau, l’approche directe des clients. Il faut être patient. Ce n’est pas parce qu’on se donne à fond pendant 3 jours que les clients vont tomber.
C’est également super important de s’entourer de mentors, de discuter avec des personnes plus expérimentées qui déjà sont passées par là.

Est ce qu’être freelance est différent selon les pays?

C’est plus simple aux États-Unis. En effet, c’est très répandu d’avoir plusieurs jobs et on peut facilement tester le freelancing même si on est déjà salarié.
On a visité la startup Gigster à San Francisco. C’est une plateforme où sont inscrites des personnes qui travaillent dans de très grosses boîtes type Google et qui, à côté de ça, sont disponibles une quinzaine d’heures par semaine pour bosser sur des projets en tant que freelances. Ils ont de très hauts niveaux de revenus dans leur entreprise mais font ça en parallèle pour développer de nouvelles compétences et s’épanouir.
Je suis actuellement à Londres où là aussi le freelancing est beaucoup plus présent dans les mentalités. C’est au Royaume-Uni que le freelancing est le plus mature en Europe. Les entreprises savent vraiment travailler avec des freelances.

Samuel et TK dans l’espace de coworking Bespoke à San Francisco

Est-ce que cette culture arrive également en France?

Une entreprise comme Shine fait partie des précurseurs en permettant à ses salariés de consacrer une journée par mois à du freelancing. C’est une super initiative.
La majorité des entreprises est encore assez loin d’être à ce niveau en France. Il y a de plus en plus de services pour les freelances et c’est génial. Mais il y a encore un problème de mentalité et d’éducation au sein des entreprises. Avant de partir, je me suis dit qu’on devrait aller voir des marchés plus matures comme les États-Unis et la Grande Bretagne. Là bas il y a des personnes au sein des boîtes dont le travail est de s’occuper de la transformation et de l’intégration des freelances. Les entreprises ont pris conscience du phénomène. Elles savent que pour recruter des talents elles doivent s’intéresser à des profils de freelances et plus uniquement chercher à embaucher.

Concrètement, que font les entreprises pour s’adapter dans les pays où le freelancing est plus mature?

Certaines PME ont désormais un pool de 10-15 freelances avec lesquels elles travaillent régulièrement. Des entreprises plus importantes mettent en place des outils, des “freelances management system”, pour gérer des pools de talents plus importants.
On a visité de grandes entreprises au Canada qui commencent à mieux former leurs managers. Ils apprennent à faire la différence entre gérer un salarié et gérer un freelance. Pour quels projets embaucher ou faire appel à un freelance? Quelle est la différence entre un TJM [Taux Journalier Moyen, NDLR] et un salaire?
Ces grandes entreprises se rendent compte qu’elles gèrent les freelances complètement différemment d’un service à un autre. L’idée est donc de créer un vivier de talents au sein de l’entreprise et de concevoir une expérience homogène pour les freelances.

Espace de coworking Mob à Barcelone

Une idée de ce que tu vas faire en rentrant?

Déjà il y aura certainement des conférences à partir de la rentrée pour retracer notre parcours et parler des bonnes pratiques rencontrées.
Il me reste encore une année de master entrepreneuriat et ensuite je ne sais pas exactement. J’aime entreprendre, je me vois bien créer d’autres boîtes. J’ai déjà quelques idées. Je sais que si dans 5 ans je n’ai pas lancé un ou deux trucs je vais le regretter!
Dès l’année prochaine j’ai envie d’accompagner des entreprises en France en transmettant les meilleures pratiques observées pendant ces six mois. J’ai vraiment envie de faire ça à partir de septembre 2019, en tant que freelance en parallèle de mon master. Je pense qu’il y a vraiment beaucoup de choses à faire et ça me passionne!

Retrouvez toutes les infos sur le projet Going Freelance et suivez le parcours de TK et Samuel sur https://www.going-freelance.com/


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