Rencontre avec Marion Giroudon, super-freelance(.com) en stratégie digitale

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Marion est une figure incontournable du monde du freelance lyonnais, où elle exerce en tant que consultante et formatrice en stratégie digitale. Nous l’avons connu via son blog super-freelance.com sur lequel elle donne des conseils avisés pour mener sa vie de freelance en toute tranquilité. D’ailleurs, si vous ne l’avez pas encore vu nous vous conseillons sa vidéo “5 trucs pour trouver des clients en freelance” !

Quel est ton métier, toi personnellement? Comment définis-tu celui-ci?

Je me considère comme une consultante indépendante en stratégie digitale. Dans les premières années de mon activité, ma spécialité était vraiment sur les outils Google et aujourd’hui je dirige mon offre sur de la consultation sur du conseil et de la stratégie, car je m’aperçois que les prospects qui viennent à moi, globalement des PME présentes sur tous les secteurs d’activité, ont des idées très floues, pas d’objectif, pas de connaissance de tous les leviers qui existent et ça m’intéresse beaucoup d’aller là-dessus.

Le monde du travail évolue rapidement et de plus en plus de freelances se lancent dans l’aventure. Comment vois-tu cette évolution ?

Aujourd’hui on constate que plus personne ne rentre dans une boîte à 20 ans pour en sortir à l’âge de la retraite. Ça n’existe plus car on se lasse peut-être plus vite que par le passé. À cela s’ajoute aussi au fait que l’on accorde plus d’importance au fait de s’épanouir dans ce que l’on fait. Le fait que de nouveaux métiers se créent augmente aussi ce désir d’évoluer dans sa carrière. Ce que je fais aujourd’hui n’est déjà plus le même métier qu’il y a 4 ans, et je pourrais dire la même chose dans 10 ans. On peut facilement dire qu’aujourd’hui tout le monde ressent qu’il va y avoir d’importantes évolutions et révolutions dans le monde du travail et sa vie professionnelle, et ces évolutions ça peut être de basculer du statut salarié à indépendant. j’ai envie de m’inscrire dans cette tendance là et de permettre aux gens de se reconvertir plus facilement et surtout de créer une activité qui leur ressemble.

Extrait de l’étude menée par Malt et OuiShare sur l’état du freelancing en 2018.

Est-ce qu’une reconversion induit forcément changer de métier ?

Je dirais qu’il y a deux cas de figure. Il y a ceux qui exercent des compétences qui se prêtent à une activité indépendante — comme beaucoup de métiers du numérique par exemple, où les multiples compétences font que la transition sera plus simple pour devenir freelance ou monter sa startup, et il y a les métiers pour lesquels une équipe et une structure sont obligatoires. Pour ce deuxième cas de figure, si ces gens là sont en quête de liberté, ils devront obligatoirement changer de métier pour faire quelque chose qu’ils peuvent faire seuls.

Tu parles d’une quête pour la liberté. Est-ce que cela signifie qu’il y a quelque part un rejet du salariat lorsque l’on se lance en freelance ?

Je pense qu’effectivement il y a une sorte de rejet. Mais c’est aussi une conséquence du fait que les entreprises expérimentent de plus en plus de nouveaux modes : l’entreprise libérée, le télé-travail, beaucoup plus de souplesse sur tout finalement. Ça me rappelle un discours d’Emannuelle Duez (fondatrice de ‘The Boson Project’ qui vise à aider à la transformation des organisations pour et par le capital humain — NDLR) qui disait que par le passé on acceptait cette perte de liberté associée au salariat car on avait un confort qui allait avec ce mode travail ; congés payés, sécurité de l’emploi, la retraite… Aujourd’hui les choses ont changé ou sont moins certaines. Donc accepter cette privation de liberté n’apparaît plus comme une évidence.

Aperçu du site internet de thebosonproject.com

Les outils évoluent aussi. Même si être indépendant aujourd’hui est encore souvent synonyme de précarité, beaucoup d’initiatives comme Alan, Wemind et d’autres, permettent d’offrir un confort égal à celui que l’on peut trouver en salariat. Il reste encore beaucoup à faire, mais toutes ces offres vont dans le bon sens. Peut-être que bientôt nos parents arrêteront d’être angoissés lorsque nous leur disons qu’on se lance en freelance !

Tu es très active dans la communauté Malt. Te considères tu encore comme une freelance ou est-ce que tu te diriges vers un format type agence ?

Oui bien sûr, et je n’ai pas envie de changer de statut car créer une agence c’est justement perdre un petit peu de cette indépendance. Avoir une équipe ça signifie aussi plus de stress, plus de choses qui ne dépendent plus de toi, plus de pression pour faire entrer plus de chiffre d’affaires pour pouvoir payer des salaires… Je pense aussi qu’il est important de garder mon activité freelance car si je faisais de la formation sur des compétences que je ne pratique plus, je perdrais forcément en crédibilité.

Par contre on pourrait poser la question de savoir si les freelances sont des entrepreneurs. Pour moi la réponse est claire, c’est “oui”. Mais il y a beaucoup d’articles sur le web qui traitent de ce sujet car il n’est pas rare que les freelances eux-mêmes ne se considèrent pas comme de “vrais” entrepreneurs.

Tu penses que le terme “entrepreneur” est mal perçu par les freelances ?

Je pense que dans l’inconscient des freelances, être entrepreneur signifie avoir créé une entreprise, et que dans une entreprise il y a forcément plusieurs personnes. Il y a quelques temps j’ai reçu la visite d’un ami qui m’a dit : « tu ne voudrais pas créer une société ? » et je lui ai répondu que j’en avais déjà une. Et c’est là où celui-ci m’a dit : « Non, mais une vraie, avec des bureaux et des employés ! ». heureusement, les mentalités changent et la création du statut d’auto-entrepreneur il y a quelques années a largement contribué à ça. C’est devenu plus simple, moins risqué, moins coûteux de se lancer dans une activité indépendante.

Quelle est ta formule magique pour que tes projets se passent bien?

(Rire) Je n’ai pas forcément de formule magique, mais ce que l’expérience m’a appris, c’est que si les choses ne sont pas cadrées dès le départ, ça ne va pas bien se passer. Tout simplement parce que le client ne va pas savoir ce qu’on attend de lui. Il va aussi avoir des projections de lui dans son inconscient de ce qu’il attendait, mais s’il ne me l’a pas dit, il va forcément être déçu au moment où je vais lui montrer ma production. Et moi aussi, car je vais avoir l’impression d’avoir bien fait mon boulot, mais ça ne va pas lui convenir.

C’est pour cette raison qu’aujourd’hui je cadre absolument tout :

  • je fais un contrat avant chaque prestation,
  • je demande un acompte, car ça engage dès le début le client et pose un rapport d’égalité,
  • je pose tout de suite les questions des attentes au niveau des délais, des contenus, des objectifs.

Ça n’empêche pas que parfois des problèmes subsistent, mais ça limite énormément les désagréments.

La situation la plus délicate que tu aies eu à gérer en tant que freelance?

Au début de ma carrière, j’ai rencontré quelqu’un par mon espace de coworking qui avait sa propre agence et qui m’a proposé de travailler pour elle. Au moment où elle m’a dit qu’elle n’avait plus de salariés, je ne me suis pas méfiée et j’ai commencé une collaboration avec elle auprès de ses clients. Les clients la réglaient, mais les transferts d’argent s’arrêtaient à son niveau car elle était en réalité liquidation judiciaire ! Même si finalement nous nous sommes entendues pour que je garde les clients à ma charge, je n’ai pas été payée.

C’est à ce moment là que je me suis dit qu’il fallait demander des acomptes, limiter les intermédiaires… Ça a été une grosse claque car en plus c’était une personne avec qui j’avais noué une relation sympathique et je l’ai vraiment pris personnellement car c’est TOI qui n’est pas payé. Lorsque tu travailles en agence, ça ne change pas grand chose tu as ton salaire à la fin du mois. J’en ai tiré des leçons et ça m’a enseignée à bien cadrer les projets sur tous les aspects.

Par contre poser ce cadre est une chose difficile, car au départ on a peur que ce soit vu comme un manque de souplesse. Mais avec le temps, on réalise que c’est en réalité indispensable et que les clients perçoivent plutôt ça comme une marque de sérieux et de professionnalisme. Tu leur montres que tu as une exigence dans ton travail et ça ne peut qu’être bénéfique.

Marion Giroudon © https://super-freelance.com

Comment t’organises-tu dans tes journées?

Je n’ai pas de journée type ! Je n’aime pas trop l’idée d’avoir une journée type d’ailleurs… Par contre j’aime bien planifier mes journées. j’alloue des moments dans ma semaine à certains types de tâches et j’essaie de ne pas trop en sortir. Pour cela j’essaie de me déconnecter de ce qui pourrait me distraire pour rester concentrée et plus efficace. Je ne consulte mes mails qu’à certains moments de la journée, WhatsApp est éteint, je peux même mettre parfois mon téléphone en mode avion !

On fait quand même des métiers où il faut réfléchir. Si l’on est trop en mode multi-tâches, si l’on fait trop de choses à la fois, on ne sait pas combien de temps nous prennent ces tâches. On ne peut donc pas estimer le temps que devront prendre de futures tâches et tout prend donc plus de temps…

Quels outils indispensables utilises-tu au quotidien?

J’utilise Tomato Timer. C’est très efficace : tu programmes une session de 25 minutes de pure productivité, puis tu prends une petite pause. Et tu enchaînes les cycles. Ça permet à la fois de rester concentrer sur une seule chose et aussi de donner une heure de fin à ce que je suis en train de faire. Ça pousse à terminer les choses, à aller plus vite et à être efficace.

J’utilise beaucoup aussi mon calendrier Google dans lequel je vais programmer mes sessions de travail. Étant donné que j’utilise youcanbook.me, je ne veux pas qu’on puisse réserver un rdv avec moi lorsque je dois me concentrer sur un projet. Ça me permet donc de bloquer ces créneaux.

Pourrais-tu citer 3 freelances dont tu apprécies le travail?

Dans l’écosystème lyonnais de Malt, il y a 3 personnes que j’apprécie vraiment :

  • Alice Bertran, qui est freelance dans le Community Management mais qui progressivement a glissé vers la stratégie digitale. Elle a créé l’année dernière un podcast qui s’appelle “Gône digital” qui interview des freelances qui opèrent dans le numérique à Lyon. C’est une excellente façon de faire du Personal Branding, et c’est pour elle un excellent moyen de communiquer sur son activité de freelance et d’avoir de nouveaux clients.
  • Je pense aussi Jean-Charles Garrivet, qui est photographe et qui est un très bon exemple de l’importance de se spécialiser quand on est freelance. Il a commencé à venir aux Afters de Malt il y a 3 ans et il me disait qu’il était difficile de se démarquer des autres photographes tellement le marché est saturé. Il s’est alors spécialisé dans les visites virtuelles d’hôtel. Depuis il passe son temps à voyager à travers le monde, Cambodge, Dubaï, Russie, etc. C’est une toute petite niche, très restreinte, mais il est aujourd’hui expert parmi quelques dizaines d’autres photographes dans le monde.
  • Enfin, Célia Tommasone est graphiste. Je l’ai rencontré chez une startup cliente il ya quelques années. Souvent les graphistes son perçus comme créatif mais pas très rigoureux… Célia a commencé par être développeuse, ce qui lui a permis d’avoir cette rigeur très importante dans son travail. Quand je travaille avec elle, je sais que je peux y aller les yeux fermés ! Le brief, les délais vont être respectés. Je n’ai pas l’habitude de sous-traiter des tâches, mais lorsque l’on rencontre quelqu’un comme elle c’est tout de suite plus simple.

Un conseil pour ceux qui souhaiteraient se lancer en freelance ?

Penser comme un entrepreneur. Réfléchir à son offre, à son positionnement. Gérer correctement son administratif… Et surtout arriver à se connaître et avoir confiance en soi. Si on a des difficultés sur ce point là, ne pas hésiter à passer des certifications, des formations pour être sûr de bien maîtriser les compétences que l’on vend et la manière de les présenter.

Si on a des angoisses sur l’administratif, ne pas hésiter à opter pour des statuts qui nous en affranchissent comme le portage salarial par exemple.

Dans tous les cas, il faut oser et se lancer car je ne connais personne qui regrette son statut de freelance.

Un mot sur Inyo ?

Je retrouve bien les problématiques qu’Inyo essaye de résoudre. Lorsque tu attends des validations ou des docs de la part d’un client, c’est tout le projet qui est en pause. C’est chiant car c’est toute ton organisation qui est bouleversée… D’autant plus qu’on a souvent tendance à porter cette responsabilité alors que c’est clairement de celle du client.

J’ai de plus en plus tendance à calculer combien de temps pourrait me faire gagner un outil et comparer ce bénéfice à ce que je pourrais facturer. S’il y a des petites tâches qui sont récurrentes, ça vaut vraiment le coup de réfléchir à comment les automatiser.

Un mot, un conseil pour tes futurs clients?

Avant de contacter un freelance, posez-vous la question de quels sont vos objectifs, et même des objectifs chiffrés. SI vous n’en êtes pas capable, c’est un travail que l’on peut faire ensemble, mais c’est important de le faire seul pour ne pas avoir un avis biaisé. C’est votre projet, c’est vous qui savez le mieux quels objectifs vous souhaiteriez atteindre. Mon travail est d’y mettre un cadre.

Quel est le meilleur moyen pour te contacter?

Venir aux apéros Malt est bon moyen pour échanger entre freelances ! Et sinon, comme je le disais cela m’arrive de ne pas répondre au téléphone, donc l’email reste le moyen le plus sûr !

On vous laisse avec la dernière vidéo de Marion, “Pourquoi les clients refusent de travailler avec vous ?” :

Merci Marion !

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