Rencontre avec Laëtitia Bouloc, « designer concepteur vraiment très graphique ».

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Laëtitia Bouloc, « designer concepteur vraiment très graphique ».

Nous avons récemment discuté avec Laëtitia Bouloc qui est la freelance derrière l’excellente chaîne Youtube Néographe Factory. Elle est aussi à l’origine de quelques interfaces que vous connaissez sûrement.

Quel est ton métier? Comment définis-tu celui-ci?

Je suis designer graphique. Mais dans le cas d’un freelance, c’est plus compliqué de donner une définition précise car ce statut implique énormément de compétences. On se doit d’être un couteau suisse. Il m’arrive aussi parfois d’utiliser le terme « Conceptrice » graphique pour poser un cadre un peu plus professionnel et m’éviter les Jacquelines en bas de la rue qui veulent un flyer pour la promotion du sandwich de demain!

Tu as créé une chaîne Youtube qui parle du métier de designer graphique. Peux-tu nous en dire plus?

Ma 1ère vidéo je l’ai faite car j’avais besoin de trouver des clients. Je me suis dit que le meilleur moyen d’en trouver était déjà qu’ils comprennent mon métier, ce qui n’est vraiment pas le cas de beaucoup de gens. Je ne m’y attendais pas du tout mais celle-ci a vraiment bien fonctionné dès le départ. J’ai donc décidé d’organiser une cagnotte en ligne pour m’acheter un micro. L’idée était de tester l’intérêt pour ces vidéos en impliquant un peu plus mon audience. Ça a aussi fonctionné! À ce moment là je me suis dit : « ok, ça peut être un bon canal d’acquisition ». Mon audience vient chercher des conseils pour faire du design par eux-même, puis ils réalisent qu’ils auront plus vite fait de faire appel à mes services.

Pourquoi rédiger un bon brief est important lorsque vous travaillez avec un graphiste ?

Ça me permet de me créer une boîte à outils dans laquelle je pioche lorsque j’ai des demandes de potentiels clients pour qui c’est la première fois et qui n’ont pas fait tout le travail de réflexion en amont. Je ne perds plus des heures à ré-expliquer les bases et bonnes pratiques et tout le monde y gagne !

Aujourd’hui il y a une bonne trentaine de vidéos sur cette chaîne et c’est plus de 1.000 abonnés.

Comment faire un bon flyer, comprendre ce qu’est une identité visuelle efficace, ou encore comment booster sa créativité! Toutes les vidéos sur sa chaîne Youtube.

Chaîne Youtube de Néographe Factory
Aujourd’hui la chaîne Néographe Factory compte plus de 1.000 abonnés.

Pour l’année prochaine, je vais ralentir le rythme car je suis en train d’écrire un livre dans la même trempe que mes vidéos. Ce sera une page, un problème. Par exemple « le format A4 c’est quoi? », « .png ou .jpg », ce genre de choses. J’ai aussi pour projet de faire un site qui permettrait de proposer des heures d’audit. J’ai pas mal de personnes qui viennent me voir pour me demander ce que je pense du logo qu’ils ont réalisé eux-même. Ça sera un moyen de mettre un cadre sur cette partie de mon activité que j’ai envie de développer.

Tu as fait le design de l’application Kwit: comment trouve-t-on ce type de client?

J’ai commencé par être une utilisatrice de cette app! Et en l’utilisant, je me suis dit : « j’aimerais trop refaire le design… » Et puis un jour je reçois un email de quelqu’un qui me dit chercher un designer pour refaire le design d’une application pour aider à arrêter de fumer. C’était Kwit! Ils m’avaient simplement trouvé sur Linkedin, comme la plupart de mes clients.

D’ailleurs, je dirais que 90% de mes clients viennent de là.

Alors après, il faut ce qu’ils faut, rien n’est magique! Il faut créer du contenu, poster des news régulièrement, etc. mais Linkedin est un super outil pour trouver de nouveaux clients.

Passage du mode "clair" au mode "sombre" dans l'application Kwit, dessinée par Laëtitia Bouloc
Passage du mode « clair » au mode « sombre » dans l’application Kwit, dessinée par Laëtitia Bouloc
Écrans statistiques de l’application Kwit

Est-ce que travailler avec une startup est différent que de travailler avec des clients « plus classiques »?

Non, pour moi la différence ne se fait pas dans la définition de la boîte avec laquelle on travaille, mais avec la personne. Il y a des jeunes dans des startups qui vont être hyper psychorigides et qui n’osent rien. À l’inverse, il y a des responsables qui bossent en PME et qui vont être beaucoup plus ouverts à des idées plus innovantes.

La situation la plus délicate que tu aies eu à gérer en tant que freelance?

Ah! J’en ai quelques-unes à mon actif ! J’ai surtout eu quelques situations délicates à mes débuts, car au début quand on tombe sur des problèmes c’est stressant à gérer, on n’est pas sûr d’avoir raison, etc.

Il m’est arrivée plusieurs fois de tomber sur des clients qui pensaient payer un forfait final alors qu’au final on facture du temps de travail [Pensez à calculer votre propre TJM! – NDLR]. Et donc c’est délicat à gérer, car il faut faire beaucoup de pédagogie. Et malheureusement, on n’a pas toujours le temps. On finit par laisser tomber et on s’assoit sur les sommes dûes.

En freelance, on n’a pas d’équipe pour gérer les problèmes administratifs. Le temps perdu à essayer de se faire payer c’est des nouveaux clients que l’on ne va pas chercher. On est donc doublement perdant.

Pour régler ce problème, j’ai eu quelques fois recours à une plateforme qui s’appelle LegalStart. Elle m’a permise de régler quelques situations conflictuelles. Après, ça ne marche pas tout le temps car les grosses boîtes savent très bien ce qu’il en est et ont les moyens d’aller plus loin…

Du coup, une solution efficace que j’ai mis en place c’est de faire payer 50% d’acompte au démarrage du projet, au lieu des 30% habituels. La réflexion est simple : si le client ne peut pas payer ces 50% d’acompte au début, il ne pourra pas non plus les payer à la fin. Ça me permet de faire une sélection et de ne travailler qu’avec des clients sérieux.

Comment t’organises-tu dans tes journées ?

J’aimerais bien avoir un modèle de journée type, vraiment ! Mais soyons honnêtes, je n’y arrive pas. Ce n’est pas possible dans mon cas. On a souvent un client qui appelle et qui nécessite de passer en priorité, d’autres projets tombent en même temps, je réalise que je n’ai pas posté depuis plusieurs jours et qu’il faut que je crée du contenu, etc. Donc non, je n’ai pas de journée type. Mais ce n’est pas faute d’essayer !

Alors oui, j’ai une série de Todo que je remplis le soir avec ce que je pense faire en premier le lendemain matin. Pour cela j’utilise les post-it sur l’ordinateur. Des petites notes sur lesquelles on retrouve les clients en cours, le temps passé sur chaque tâche, ma todo un peu plus perso. Je n’ai pas de mémoire donc je note tout !

Quels outils indispensables utilises-tu au quotidien ?

J’utilise pas mal Slack. Même beaucoup. D’ailleurs ça m’ennuie les clients qui ne veulent pas s’y mettre car c’est vraiment plus pratique : lorsqu’ils n’en ont pas déjà un en interne je leur crée des channels pour qu’on puisse centraliser nos échanges.

Les mails c’est bien pour tout ce qui est administratif, mais pour les sujets créa Slack est beaucoup plus efficace pour échanger rapidement. Mais une fois de plus ça dépendra de la personnalité du client.

Pourrais-tu citer 3 freelances dont tu apprécies le travail ?

Brann Wolf sur Instagram, j’aime beaucoup ses photos et son univers,

MadebyStudioGQ, toujours sur Instagram car il a un style vraiment reconnaissable,

Dave Chenell, tout est bien dans ses illustrations: les couleurs, la géométrie… Tout est au bon endroit!

Les illustrations incroyables de Dave Chenell à découvrir sur son profil Dribbble.

Un conseil pour ceux qui souhaiteraient se lancer en freelance ?

Oui, j’en aurais sûrement mais parce que ça fait aujourd’hui 5 ans que j’accumule de l’expérience. Par exemple je pourrais dire que si quelqu’un vous contacte en disant « je cherche un infographiste », fuyez! Mais je sais que lorsqu’on débute, on prend quand même ce type de missions et personne n’y échappe. On a besoin de clients, besoin d’argent, c’est normal.

Je rajouterais peut-être d’avoir confiance en soi. J’ai parfois eu des clients qui me contredisaient sur mes propositions et je n’osais pas affirmer mes propositions… Mais avec l’expérience on arrive à ancrer ses positions et expliquer un peu mieux ses choix. Et puis, il y aussi ce phénomène où souvent on a une intuition sur sa production. On sait que c’est LA bonne idée, sans vraiment savoir pourquoi. Avec le temps, on apprend à mieux expliquer et être plus pédagogue pour défendre nos choix de direction artistique.

Aujourd’hui, je fonctionne beaucoup par l’exemple. J’ai accumulé une série d’exemples que j’utilise régulièrement pour argumenter mes choix. Le cas du logo plus gros par exemple! Lorsqu’un client me fait cette demande, je sais maintenant quoi lui répondre: lorsqu’on met le logo en bas à droite, le regard effectue un trajet en Z sur la composition dans tous les cas. Donc qu’il soit plus gros et ailleurs, ça ne servirait pas à grand chose, il vaut mieux le placer correctement, à la bonne taille!

Le sens de lecture, visuel extrait du site Tout est dans la Com

Un mot sur Inyo ?

Je n’ai jamais réellement trouvé d’outil vraiment adapté pour les freelances, et encore moins pour les designers graphiques. Du coup je trouve plutôt intéressante l’idée de pouvoir écrire une liste des choses dont j’ai besoin et ensuite n’avoir qu’à déclencher des relances automatiques..!

Un mot, un conseil pour tes futurs clients ?

Si vous êtes capables de faire la différence entre designer et infographiste, on va pouvoir s’entendre ! Plus sérieusement, je dirais « faîtes-nous confiance ». Designer c’est un métier. C’est important de faire confiance aux gens avec qui on travaille…

Et plus largement, « ne pas être subjectif », « bien préparer son brief », « être réactif ».

Sur Instagram je suis un compte qui s’appelle @designershumor. Tous les posts sont très proches de notre réalité du métier. Les clients devraient y jeter un œil..!

Quel est le meilleur moyen pour te contacter ?

Par email. Au moins avec les emails je sais que tant qu’ils ne sont pas archivés ils sont à traiter. Et comme ça je suis sûre de ne rien oublier!


Vous savez ce qu’il vous reste à faire. Si vous cherchez un ou une designer pour donner un coup de boost à votre image et vos interfaces, ça se passe par ici : [email protected]

Mais aussi sur Facebook, Linkedin, Instagram et bien sûr sur la chaîne Youtube de Néographe Factory, a.k.a Laëtitia Bouloc.

Merci Laëtitia!


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